samedi 14 mars 2020

Histoire de l'Indépendance de Vanuatu: fêtes et rébellion!



L'indépendance de Vanuatu en 1980 a été célébrée par les uns et boudée par d'autres. Et effectivement, si à Port-Vila, la capitale, fêtait la naissance du nouvel état avec faste, sur l'île de Santo, ce fut la rébellion avec Jimmy Steven, leader charismatique du Nagriamel qui a déclaré la sécession de Santo et a instauré son gouvernement: VEMARANA.

Je vous laisse regarder et découvrir la suite par vous-mêmes.
(Cliquez sur les liens ci-dessous pour visionner les vidéos)


Yumi winim fridom part 1


Yumi winim fridom part 2


Yumi winim fridom part 3

vendredi 28 février 2020

L'histoire du Bislama



1-      Origine du nom « bislama »


Certains penchent pour une origine portugaise : ‘bicho do mar’/ver/de/mer/. 
Ce terme du sabir portugais-chinois était employé par les négociants des mers du sud et chinois qui venaient acheter les holothuries dans le Pacifique Sud.  Plus tard, le mot se transforma en bichelamar puis bislama.


     2-      Sa nature
     Le bislama est la langue nationale de la République de Vanuatu depuis son indépendance. Issu du pidgin à base lexicale anglaise, il est parlé à travers tout l’Archipel comme langue véhiculaire permettant la communication entre les individus d’îles et de langues vernaculaires différentes. Il y a, en effet, plus de 100 langues distinctes au Vanuatu en plus des langues officielles que sont le français et l’anglais.

     Bien que ces deux dernières langues soient parlées et comprises par beaucoup de ni-vanuatu, il était toutefois rare d’en rencontrer de vraiment bilingues en dehors de la capitale. Cette situation résulte du fait condominial d’avant l’indépendance où il existait deux systèmes scolaires parallèles, l’une française et l’autre anglaise, mais sans aucune école bilingue. Le bislama, parlé par tous, s’est naturellement imposé comme langue de communication entre francophones et anglophones. Et c’est dans cette logique qu’il fut proclamé Langue Nationale dans la Constitution de Vanuatu signée le 5 octobre 1979 à Port-Vila.

3-      Du sabir au pidgin : à usage vertical
   Dès le début du XIXème siècle, les contacts plus ou moins réguliers avec les européens et les autres peuples du Pacifique – baleiniers, santaliers, pêcheurs d’holothuries et autres aventuriers des mers- ont amené les insulaires des Nouvelles Hébrides à pratiquer le sabir alors utilisé comme langue d’échange avec un vocabulaire réduit. Ce sabir, utilisé dans tout le Pacifique, n’était en fait parlé que par ceux qui étaient en contact avec les étrangers.


Le passage du sabir au pidgin plus élaboré s’est effectué dans les plantations du Queensland où plus de 50.000 néo-hébridais avaient été envoyés pour y travailler de 1863 à 1911. Ces néo-hébridais originaires d’îles différentes ont été contraints, au début, d’utiliser ce sabir des mers du Sud pour communiquer, d’une part, entre eux et, d’autre part, avec leurs employeurs.

    Ce sabir a alors été enrichi par l’introduction de plus en plus de mots anglais que les australiens employaient pour s’adresser aux employés. Et, bien vite, ce sabir est devenu un pidgin avec la langue anglaise comme langue-source.

4-      Du pidgin au bislama : à usage horizontal
    Avec le déclin des plantations du Queensland, les néo-hébridais furent rapatriés mais pas toujours dans leurs îles ou villages d’origine (certains ne sachant pas d’où ils étaient originaires). Beaucoup délaissèrent quelque peu le pidgin des plantations pour se réapproprier leurs langues.

    Le développement de l’agriculture aux Nouvelles-Hébrides, au début du XXème siècle, allait constituer un facteur important pour la survie puis l’essor du pidgin. En effet, les colons planteurs eurent besoin d’une main-d’œuvre importante. Ils recrutèrent donc en premier les travailleurs avec qui ils pouvaient communiquer : les rapatriés des plantations australiennes ou fidjiennes.
    Au fur et à mesure du développement économique du pays, les migrations internes s’intensifièrent et l’utilisation d’une langue véhiculaire devenant une nécessité, le pidgin se répandit rapidement à travers l’Archipel. Cependant, éloigné de l’anglais, sa langue source première, le pidgin emprunta alors au substrat mélanésien pour devenir le bislama, la langue de communication entre les néo-hébridais.
   
Un autre facteur non négligeable de l’expansion du bislama, fut l’édification d’internats dans les différentes écoles de l’Archipel. En effet, ces internats regroupant des élèves parlant des langues vernaculaires différentes, le bislama devint la langue de communication dans la mesure où le français et l’anglais étaient plus difficiles à maîtriser à l’école primaire. Le bislama alors leur permettait de communiquer entre eux mais aussi avec les habitants des communautés environnantes.

5-      Le bislama : langue nationale
En un demi-siècle environ, de 1920 à 1970, le pidgin a connu une évolution considérable et est
devenu le bislama, la langue véhiculaire des Nouvelles-Hébrides (par rapport au Pidgin des Salomons et du Tok Pisin de la Papouasie), utilisant un lexique à base d’anglais sur une structure grammaticale et syntaxique mélanésienne.
    De 1970 à 1980, les partis politiques, les églises et la radio national ont contribué à donner au bislama ses lettres de noblesse jusqu’à l’élever au rang de Langue Nationale.
    Et si dans la capitale, le bislama subi une forte anglicisation – par l’élite anglophone au pouvoir après l’indépendance- pour répondre aux exigences de la vie moderne et s’adapter à la réalité socio-politique, dans le reste de l’Archipel, la population parle encore un bislama calqué sur le substrat mélanésien. Le monde rural a eu du mal pendant longtemps à suivre les nouvelles sur les ondes de la radio locale et dans la presse écrite car le bislama utilisé était à son goût trop anglicisé.

    Après l’évolution rapides des années 80- 90, le bislama tend à se stabiliser. Et l’élite francophone utilise sans complexe le bislama anglicisé qu’elle a longtemps combattu. Grâce aux migrations circulaires internes, à la presse écrite et orale ainsi qu’à internet, le bislama est la langue véhiculaire par excellence de Vanuatu.

                                                                                                         Casimir RUNA